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Dès qu'un moribond a rendu le dernier soupir, des gens qui, de son vivant, n'auraient pas songé à lui offrir une pâquerette, s'apprětent à lui envoyer des gerbes et des couronnes.
Cependant qu'entre des cierges ou des bougies il va se cadavérisant d'heure en heure davantage, son lit se recouvre, s'entoure de fleurs variées, plus ou moins abondantes seulement suivant les classes sociales.
Mais si les fleurs qui saluent le départ des grands de ce monde sont profusion, le pauvre lui-měme, ce jour-là, recevra de ses amis ce que leurs derniers sous leur permettent d'acquérir des marchandes des rues en humbles violettes. Et lorsque le corbillard, des pauvres ou des riches, sera venu emporter le mort, les fleurs suivront. Sur le drap noir recouvrant le cercueil du pauvre se détachera le bouquet de violettes; aux funérailles des grands, des chars entiers, précédant le corbillard, n'ont pour mission que le transport des fleurs.
Au cimetière, quand le corps aura été descendu dans la terre pour y pourrir, par-dessus s'entasseront toutes le fleurs. Puis, dans le cimetière bientôt déserté des vivants, vainement splendides, elles se flétriront sous la pluie, le soleil, le vent.
De loin en loin, aux jours prescrits par le calendrier ou aux anniversaires, de pieuses mains reviendront fleurir le tombeau. Et cette association entre les morts et les fleurs est si sacrée, si profonde, que quiconque, comme moi écrivant ces lignes, a tant soit peu l'air de contester sa nécessité, semble sacrilège.