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Proposer une revue dont la raison d'être est la traduction en français de textes psychanalytiques publiés en anglais ne va pas de soi et soulève souvent plusieurs questions.
Certains prétendent qu'en 2011 la majorité des professionnels, intellectuels et universitaires lisent et comprennent suffisamment l'anglais pour se passer de telles traductions. L'anglais serait d'ailleurs devenue la langue universelle des publications scientifiques. À l'ère des «Google translate» et autres traducteurs en ligne, avons-nous encore besoin que des analystes travaillent de si longues heures à produire ainsi une telle revue?
Mais bien que la majorité des analystes puissent lire et comprendre les publications anglophones, encore faut-il que ceux-ci puissent faire un choix pertinent dans la mer des publications anglophones qui les inonde annuellement. De plus, un subtil impérialisme linguistique risque insidieusement d'infiltrer notre lecture, dont les effets ne seraient tout de même pas négligeables. Car en réalité, au-delà de la question d'une langue commune, se pose la question d'une conception commune de la psychanalyse. Faut-il rappeler que les concepts naissent dans des réalités linguistiques et géographiques spécifiques et qu'en ce sens les mots utilisés dans un texte psychanalytique donné portent en eux un sens complexe et subtil qui peut différer d'une culture à une autre. Une lecture naïve d'un texte dans une langue étrangère ne risque-t-elle pas d'entretenir l'illusion d'une langue commune à travers des expressions similaires?
Le travail de traduction ne peut se résumer à traduire des mots ni même des phrases. Dans «Lost in translation» (Brunet, 2010) je rappelais qu'une expression ou un concept psychanalytique possède, au-delà du sens formel et conscient, un réseau de significations implicites, préconscientes, très différentes d'une langue à l'autre et d'une région à l'autre. Rappelons par exemple comment les notions «d'après-coup» ou d' «intersubjectivité» ont des significati