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Traduire est toujours une interprétation et le psychanalyste est un traducteur-interprète. Le psychanalyste traduit l'inconscient. Les mots, les images, les affects et les manifestations corporelles sont traduits en interprétations. Mahony (1980) décrit Freud comme «un des grands penseurs et innovateurs dans le domaine de la traduction […] parce que, dans son œuvre, il donne à ce concept une portée, une profondeur et des prolongements qui jusque-là n'étaient pas encore apparus dans l'histoire» (p. 462).
La «cure de paroles» traduit les émotions figées, les symptômes hystériques et les pulsions, en mots. Mais, comme il n'existe pas de correspondance parfaite entre les mots et les phrases de différentes langues, il n'existe pas non plus de correspondance parfaite entre les productions d'un patient et la traduction que peut en faire un psychanalyste. Dans cet intervalle se glisse tout le champ de la psychanalyse, avec ses nombreuses variantes culturelles, théoriques et personnelles. Il est même inhérent au principe de surdétermination que chaque traduction ne puisse que déboucher sur un point de vue partiel. «Si nous pouvons définir le mécanisme psychique comme une sorte de stratification des transcriptions, alors nous pouvons également admettre la coexistence de nombreuses transcriptions ou traductions» (Hinz, 2008, p. 122).
La psychanalyse est essentiellement polyglotte, avec ses variations sociales mais également avec ses variations dans chaque couple analytique dont chaque membre en vient à apprendre la langue de l'autre par un va-et-vient de traductions et la création d'un langage commun qui nécessiterait une traduction pour un étranger.