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Depuis Freud la psychanalyse s'est développée de façon non linéaire. Des auteurs importants ont mis au travail des concepts ou des hypothèses freudiennes pour développer de nouvelles conceptions. Certaines de ces idées s'intègrent graduellement au corpus psychanalytique largement partagé. D'autres restent davantage liées à leur auteur et donnent l'image d'un «courant» psychanalytique ou d'une «école» dont les conceptions ne seraient partagées que par ceux qui se réclament de cet auteur. C'est ainsi qu'on en est venu à créer, peut-être défensivement d'ailleurs, une sorte de catégorisation des courants psychanalytiques: les kleiniens, les winnicottiens, les lacaniens, etc.
La question qui se pose à la psychanalyse, comme à toute science, est celle du rôle de la pluralité théorique et de l'exposition féconde aux idées différentes. L'historien des sciences et philosophe Thomas S. Kuhn (1983) décrit le processus d'évolution d'une science comme une tension entre l'adhésion à un paradigme dominant (impliquant un rejet des nouveaux paradigmes) et la capacité d'accepter l'ébranlement venant d'un nouveau paradigme. Kuhn décrit comment les scientifiques sont portés ä confirmer leur propre paradigme et à considérer comme une «anomalie» les idées issues d'un paradigme différent qu'ils ne peuvent intégrer à leur système. Et pourtant, comme le regretté André Green l'avait si bien écrit «Toute conquête importante pour l'humanité est le transfert de la transgression dans l'ordre de la sublimation.» (A. Green, 1990).
En somme, pour la psychanalyse comme pour toute science, le danger réside dans la fermeture aux idées nouvelles ou différentes; la fermeture non seulement aux idées provenant des autres disciplines mais aux idées «hétérogènes» issues de l'intérieur même de la psychanalyse.