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Pourquoi devient-on historien ? Question symbolique. C'est la lecture du poignant récit de Ivan Jablonka, Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus, qui m'a renvoyée à la question, posée de diverses façons dans nos derniers éditoriaux : Comment, sinon pourquoi, traduire ? pourquoi traduire des articles de psychanalyse ? et en deçà : pourquoi devient-on psychanalyste et comment poursuivre cette démarche ?
Jablonka, au fil de la recherche de ses origines et de l'histoire vécue par ses grands-parents paternels, militants communistes polonais, exilés en France, déportés et assassinés à Auschwitz, mêle sa subjectivité à sa démarche rigoureuse d'historien, et emmène son lecteur à entendre, participer, comprendre l'universalité de son message. Ainsi lorsqu'il découvre le nom de son grand-père dans un registre d'archive :
Je crois que je suis devenu historien pour faire un jour cette découverte. La distinction entre nos histoires de famille et ce qu'on voudrait appeler l'Histoire, avec sa pompeuse majuscule, n'a aucun sens. C'est rigoureusement la même chose. Il n'y a pas, d'un côté, les grands de ce monde avec leurs sceptres ou leurs interventions télévisées, et, de l'autre, le ressac de la vie quotidienne, les colères et les espoirs sans lendemain, les larmes anonymes, les inconnus dont le nom rouille au bas d'un monument aux morts ou dans quelque cimetière de campagne. Il n'y a qu'une seule liberté, une seule finitude, une seule tragédie qui fait du passé notre plus grande richesse et la vasque de poison dans laquelle notre cœur baigne. Faire de l'histoire, c'est prêter l'oreille à la palpitation du silence, c'est tenter de substituer à l'angoisse, intense au point de se suffire à elle-même, le respect triste et doux qu'inspire l'humaine condition. Voilà mon travail; et en caressant cette archive de
Page 7tribunal, en suivant des yeux les lignes tracées par la plume du greffier, je ressens un soulagement indicible1.
Primé à plusieurs reprises pour cet ouvrage et pour d'au