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L'écriture a toujours été l'une des choses qui m'a le plus intéressée chez Freud ; je l'ai rencontré dans ses écrits avant de le rencontrer lui. Ses écrits vous donnent une impression de l'homme assez différente de l'impression que leur contenu fait sur vous. Il est notoire que son style et la construction de ses exposés sont très différents de ceux de la plupart des écrivains scientifiques. (En fait, les écrits de Freud varient et ne se laissent pas enfermer dans une description unique, mais je parle ici du style qui prédomine et qui caractérise l'essentiel de son œuvre). La caractéristique majeure de son style est non seulement d'être direct et franc - des énoncés simples et dépouillés - mais aussi d'éveiller chez ses lecteurs ou ses auditeurs le sentiment saisissant qu'il s'adresse directement à eux avec le souci de présenter ses vues dans une forme qui leur soit intelligible. La charpente de son argumentation ne repose pas sur un vide, pour ainsi dire ; elle se réfère directement au lecteur, elle s'adresse à lui. Une qualité personnelle, une relation personnelle est implicite à son style.
Cependant, lorsque je fis connaissance de Freud en personne, je découvris qu'il n'était pas spécialement préoccupé d'impressionner les gens ou de chercher à les convaincre de ses opinions. Nous savons qu'il avait besoin du soutien d'une reconnaissance extérieure et d'une acceptation de son travail ; il l'espérait, mais dans la vie de tous les jours il paraissait ne pas la rechercher particulièrement. Il y a là un paradoxe : d'un côté, il ne cherchait pas à influencer ou à convaincre autrui, ni à enseigner - ni même d'intérêt particulier à soigner, comme il nous l'a dit ; le désir d'exercer une impression sur autrui lui manquait, ou était tout à fait minime. Pourtant, il avait développé cette capacité particulière de présenter ses conclusions comme si son style était fait pour que le lecteur puisse se les approprier. À un tel point que cela colore tout le spectre de son style et