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Ce numéro sera une nouvelle fois marqué par la violence de l'année écoulée qui nous touchera longtemps individuellement et collectivement. Encore et encore, nous nous plongerons dans nos lectures pour nourrir nos réflexions et rester solidaires et vivants. Survivre au mal, à la sauvagerie de notre temps reste notre tâche humaine, sans cesse reprise par nos collègues et maîtres. La traduction appartient à ce travail de pensée et de mise en liens psychiques, marquée par notre clinique, un long travail qui nourrit notre activité de psychanalystes, souvent mis à mal par l'exigence d'immédiateté et la faim d'omnipotence de notre époque.
Deux ouvrages peuvent être signalés : l'un est le travail de l'historien, étayé par ses sources, et l'autre, celui de la critique littéraire, tous deux proches de ma réflexion éditoriale. Le premier se présente comme un classique de la traductologie. Charles Le Blanc, dans son Histoire naturelle de la traduction (2019), nous rappelle les sources anciennes de cette discipline, des Grecs aux auteurs latins, en passant par Martin Luther, Johann Wolfgang von Gœthe, Søren Kierkegaard. Son exergue « Il faut s'instruire des contes. » introduit son propos dans un ouvrage construit autour de ce fil narratif. C'est précisément ce qui, au-delà de la technique au sens de technê, nous évoque notre travail de mise en sens de la parole dans notre clinique et dans nos efforts de communiquer d'une langue et d'une culture à une autre, au-delà des mots, de leur sens, de l'affect et des liens qu'ils véhiculent.
Un point nous concerne particulièrement : celui des rapports entre la vérité du texte original et celui de la traduction en tant que texte falsifiable, imprégné de ce que le lecteur a compris. Ce qu'il reproduit dans sa traduction est donc moins
un texte en soi qu'une lecture, voire des relectures, marquées par son expérience, et comme le souligne Le Blanc, par « la façon de comprendre une œuvre à une époque donnée1 », ce