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Dans un de mes précédents travaux, je considérais les aspects ethno-psychanalytiques de l'emploi du divan (Nesci 1993) et je suggérais de rapprocher l'analyse du rite qui se déroule quand un homme a été cru mort et que, reparaissant chez lui, il désire réintégrer sa position antérieure. Il lui faut alors repasser par tous les rites de la naissance, de l'enfance, de l'adolescence; il lui faut se faire initier à nouveau, se remarier avec sa propre femme, etc. (Van Gennep 1909).
La signification de ce rituel mérite d'être explorée: le sujet doit répéter tous les «rites de passage» parce que sa disparition est interprétée dans le monde magique comme le signe physique d'un fait moral: la rupture de la dual-unity (Rohéim 1945) entre le membre du groupe et son corps social. Dans cette perspective, l'individu s'est perdu parce qu'il avait déjà perdu précèdemment (ne l'ayant pas incorporée et mentalisée de manière adéquate) la matrice culturelle de son groupe d'appartenance, la liaison symbiotique qui lui assurait la vie et le protégeait contre tous les dangers. Il pouvait y avoir plusieurs causes à ce separation sin (Rohéim 1945): peut-être les acteurs avaient-ils mimé les scènes rituelles de manière incomplète; ou peut-être le sujet ne les avait-il pas suivies avec une participation complète et n'avait ainsi ache-vé les «passages» de sa vie qu'en apparence, en spectateur «dépaysé», plutôt qu'en protagoniste. C'est pour cela qu'il s'est ensuite perdu réellement, qu'il n'a plus trouvé sa route, qu'il s'est senti unheimlich sur la scène de la vie (sans patrie, sans maison, sans famille). C'est pour cela qu'il est devenu un «mort présumé». Et c'est pour cela enfin qu'il doit reparcourir tous ses passages rituels, de manière cette fois à reconnaître pleinement leur signification et à prendre conscience—dans une expérience de recomposition—des rôles qu'il a certainement dû jouer de manière inadéquate, avant le désastre.