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Une voix frêle, un corps menu, un regard apeuré, une intelligence vive, une sensibilité «omniprésente», une parole enveloppée dans un dis-cours généreux et vaporeux Cette femme de 48 ans imposa instantanément mon écoute et réussit à capter mon désir de saisir le mystère qui l'habitait Envoûtement ou emprise? Un lien était-il déjà créé? En dépit d'un verbe abondant, une atmosphère floue, imprécise, subsistait dans ce qu'elle racontait. Il y manquait le poids des choses, des êtres, des présences dans sa vie.
Aurore, mariée depuis plusieurs années, posède une boutique d'an-tiquités Elle met ainsi en valeur ses talents artistiques et son goût pour le beau Pourtant elle vit dans la cave de sa maison dans un décor, semble-t-il, sale, précaire, rebutant, inspirant la désolation Par ailleurs, son travail à la boutique est très investi. Elle y consacre de nombreuses heures et reçoit des marques d'appréciations de sa clientèle pour le raffinement et l'originalité de la décoration. Elle en parle comme d'un moyen de survivre et de se procurer une autonomie financière. Elle n'a jamais compté sur son mari, car dès le début de leur mariage, elle le sentait insécure et irresponsable.
De leur union, elle a eu deux enfants, un garçon et une fille. Ils ont été le fruit des deux seules relations sexuelles de leur vie de couple. Qui plus est, des relations qu'elle a exigées de son mari
En vingt-sept ans de mariage, elle s'est soumise au silence. Elle a accepté l'indifférence, le mépris comme quelque chose d'inévitable pour elle. Après tout, c'est ce qu'elle méritait N'était-elle pas la malade du couple, elle, l'anorexique-boulimique depuis l'adolescence,