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L'amour est la seule passion qui se paie d'une monnaie qu'elle se fabrique elle-même
Notre propos sera ici d'examiner, à travers trois romans qui ont traversé le temps, une certaine géométrie des difficultés de l'amour construites à l'intérieur d'un triangle où les sommets représentent chacun une tentative de résolution des problèmes de l'amour érodé par la haine, érosion attribuée à l'oeuvre du temps. Ces trois pôles constituent une enceinte fortifiée où se retranche l'amour contre l'intrusion du cheval de Troie de la haine qui, dans la constance de la relation d'objet, s'infiltre inéluctablement. Le risque de corrosion du sentiment amoureux par la haine s'amorce lorsque la durée s'installe. Le sentiment est édulcoré par la répétition, l'irréductible subjectivité qui donne à l'autre le pouvoir de faire souffrir, le désir d'éliminer la frustration qui vient de cet état et aussi par l'impossibilité de toute pulsion à se satisfaire pleinement. Cette haine qui surgit face à la frustration devient le représentant de la contraction du sentiment amoureux et le porte-pa-role de l'inassouvissable. Elle s'organise comme une réaction d'emprise pour contrer la limite qu'éprouve le plaisir face à l'empiétement de la souffrance.
Le premier de ces pôles est celui de la passion. Nous l'illustrerons par le roman de l'abbé Prévost, Manon Lescaut. Le second est celui de la perversité qui sera présentée à travers l'oeuvre de Laclos, Les Liai-sons Dangereuses. à ces deux pôles antinomiques sera apposée l'attitude romantique comme tentative de solution aux deux précédentes. Ce troisième aspect sera décrit à travers le roman de Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves.