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Je ne crois pas qu'il m'ait reconnu lorsque je suis passé le visiter à l'hô ital avec un collègue avant de quitter Montréal pour mes vacances de juillet, quelques semaines avant son dècès. J'aurais pourtant bien souhaité pouvoir échanger une dernière fois avec lui. Il était très malade et n'était plus de taille dans cette lutte qu'il menait courageusement depuis plus de deux ans contre la maladie. Bien qu'elle m'ait rendu triste, la nouvelle de son décès à mon retour de vacances ne fût pas une surprise: celui qui avait été mon analyste et qui était devenu un ami estimé nous avait quitté!
Je l'ai choisi comme analyste il y a plus de trente ans. Je terminais alors mes études médicales à Québec et animé des ambitions les plus grandioses, je souhaitais entreprendre une psychanalyse avec le plus « extraordinaire » des psychanalystes que je pourrais rencontrer à Montréal. La culture était porteuse de promesses (Pierre Daco, , Les triomphes de la psychanalyse, Bibliothèque Marabout, service/MS 29) et tout paraissait possible! Après quelques rencontres d'analystes, j'ai arrêté mon choix sur Jean-Baptiste Boulanger. Le fait qu'il avait traduit en français La psychanalyse des enfants de Melanie Klein m'avait impressionné et ma rencontre avec lui m'avait donné à croire qu'il pourrait bien prendre soin de l'enfant souffrant qui se terrait derrière mes élans de grandiosité.
Je peux dire qu'il m'a bien accompagné dans la désillusion qu'a été mon expérience de l'analyse. Il lui est bien arrivé de me faire défaut (ronflements plutôt inopportuns au cours de séances plus matinales), mais il a toujours su reconnaître les limites de son attention bienveillante. Derrière l'analyste, je suis arrivé à pouvoir entrer en rapport avec la personne sensible, dévouée et courageuse qu'il était et qu'il est demeuré pour moi par la suite, en dépit de ses prises de position parfois provocatrices, mais jamais irrévérencieuses. Pour m'avoir aidé à devenir un peu plus fier de moi, je lui suis redevable