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Le titre évocateur de ce petit livre de Gabrielle Rubin ne peut qu'attiser l'intérêt toujours latent chez tout analyste pour une « histoire imaginaire » singulière
… d'autant plus s'il s'agit de celle de Freud lui-même. Que pourrait nous révéler encore le roman fantasmatique des origines de Freud? Son fantasme cacherait-il en fait un « secret de famille », et non seulement le fantasme, bien commun somme toute, d'être issu d'une noble lignée? Bien qu'elle nous informe d'entrée de jeu, qu'elle ne saura trancher, que, comme psychanalyste, elle ne s'intéresse pas à la réalité extérieure mais au fantasme, Gabrielle Rubin vient de « lancer sa ligne », d'accrocher notre curiosité, qu'elle soutiendra d'ailleurs jusqu'à la fin de son travail, et, malgré cette dénégation initiale, de nous intéresser à scruter encore une fois la « réalité » historique. Elle se propose d'interroger ces faits qui viennent soutenirles doutes de Freud quant à sa filiation et qui confortent son fantasme, l'empêchant ainsi de sombrer dans l'inconscient.
Dans un premier temps, elle compare les deux villes d'enfance de Jacob Freud: Tysmenitz et Freiberg; évoquant le contraste avec celles où grandit Amalia Nathansohn: Odessa et Vienne. Ce contraste met en évidence l'hétérogénéité des cultures respectives des deux parents de Sigismund, dont la disparité lui apparaît encore plus importante que celle de leurs âges — soit, respectivement, de quarante et vingt ans, comme on se le rappelle —, contrairement à ce que les auteurs ont retenu. Bien qu'ayant déjà deux fils de l'âge d'Amalia, Jacob a tout de même engendré huit enfants en dix ans, « ce qui ne le classe pas parmi les vieillards usés », dit-elle!
Tysmenitzétait une petite ville de cinq à six mille habitants, arriérée sur certains plans, mais comptant néanmoins une Yeshiva de renom, pour la moitié Juive de sa population, que Jacob ne dut fréquenter guère, suppose-t-elle. En effet, il se marie une première fois avant ses seize ans, peut-être obligé pour