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L'auteur se propose de réfléchir sur le pouvoir affectif de la musique. Ce pouvoir est mis en rapport avec l'aspect avant tout sensoriel et non représentationnel de la musique. De par cet aspect, l'expérience affectivo-pulsionnelle stimulée par la musique ne connaît pas l'atténuation que lui font subir les divers procédés culturels de secondarisation, de mise en représentation et de mise en sens de l'expérience. En cela, la musique conserve certaines affinités avec la vie infantile, éminemment sensorielle elle aussi. Il ne s'agira pas pour autant de l'envisager comme du « sensoriel pur », mais comme le mode de symbolisation entretenant la plus grande proximité avec lui. Une brève comparaison avec la peinture et la poésie permettra d'évoquer cet état de choses, de même que le recours à l'analyse nietzschéenne de la musique comme reflet de l'expérience « dionysiaque » du monde. La suite du texte présentera un type particulier d'émoi musical, un émoi de nature dramatique ; cet émoi sera d'abord « illustré » par quelques exemples tirés du répertoire de la musique classique, qui semblent tous présenter une même dynamique, qui sera désignée ici comme étant celle d'une « course à l'abîme ». Tout se passe comme si ces « moments forts » pointaient vers quelque « choc » primordial et tragique, que l'on pourrait comprendre de façon hypothétique, et « secondarisée », comme étant le choc de la fin du monde de la relation immédiate, enveloppante et sensorielle à l'univers maternel. Le « moment fort » opérerait ainsi un recoupement singulier, celui des retrouvailles avec le monde sensoriel infantile via la musique même et la disparition de ce même monde via la dynamique musicale particulière de la « course à l'abîme ». Ce recoupement permettra de dégager l'idée que la musique joue simultanément le rôle de contenant symbolique de l'expérience émotionnelle et celui de catalyseur de cette expérience. Ce paradoxe sera reconceptualisé, en conclusion, dans les termes de la théorie winnicottienne de l'objet transitionnel.
The object of this paper is to reflect on the affective power of music. This power is related to the sensorial and non-representational aspect of music. By virtue of this aspect, the emotional experience stirred by music escapes the attenuation that it normally undergoes in the cultural processes of
ascribing meaning to experience. Music thereby retains some of the features of infantile life, also sensorial by nature. However, this is not to say that music is “pure emotion,” but rather that it constitutes a modality of symbolization bearing the closest rapport with it. A brief comparison is made with painting and poetry to bring out this state of things. A comparison is also made with the Nietzschean analysis of music as an analogy of the “Dionysian” experience of the world. The paper then focuses on a particular type of musical experience; of a dramatic nature, this experience is first illustrated with a number of examples taken from the repertoire of classical music, all of which show a similar dynamic, which is here designated as that of a “race to the abyss.” It is as though these powerful moments alluded to some primordial and tragical “shock,” one that could hypothetically be understood as the shock of the disappearance of the immediate, sensorial, and holding relationship to the maternal universe. Thus the “powerful moment” in music would accomplish a peculiar overlap, that of the refinding of the sensorial world of infantile life via music itself and of the loss of the same world via the particular musical dynamic of the “race to the abyss.” This overlap allows one to grasp the idea that music acts simultaneously as a symbolic container of emotional experience and as a catalyst of that experience. A paradox that is recast, by way of conclusion, in the Winnicottian theory of the transitional object.