You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Le rêve et, ultimement, la psyché, sont-ils impartageables? l'espace du rêve est-il uniquement personnel, individuel, comme l'ont soutenu André Green et Jean Laplanche; ou bien, pour être une concrétion de la conscience singulière, est-il apte à fournir le support d'une médiation entre les consciences, comme l'avance Guillaumin? Si tel est le cas, jusqu'où cette médiation a-t-elle cours? et comment au juste s'opère-t-elle? - Telles sont quelques-unes des questions que René Kaës met au travail dans cet ouvrage à la théorisation rigoureuse et riche d'abondantes analyses cliniques.
Un mot d'abord sur le titre de ce livre, qui peut apparaître contrevenir aux habitudes de formulations sobres et notionnelles, rarement imagées, régnant dans le monde psychanalytique. Par ce titre, René Kaës applique au rêve la notion utilisée par le linguiste russe Mikhaïl Bakhtine-Vorochilov dans son analyse de la structure de l'œuvre littéraire. Pour Bakhtine, « le roman est d'emblée polyphonique, puisqu'il s'élabore au croisement de plusieurs structures, tout comme le mot lui-même est une polyphonie de plusieurs écritures: celle de l'écrivain, de ses personnages, du destinataire, du contexte historique, éthique et culturel » (p. 208). Cette conception du discours renvoie à une conception du sujet comme « tramé par l'interdiscursivité, travaillé par un maillage de voix, de mots et de paroles qui le constitue » (p. 9). C'est dans ce sens que Kaës parle déjà du sujet dans deux de ses ouvrages antérieurs à celui-ci, Le groupe et le sujet du groupe et La parole et le lien . Le sujet est sujet du groupe, si tant est qu'il se constitue « aux points de nouage des voix, des mots et des paroles des autres, de plus d'un autre, divisé entre l'accomplissement de sa propre fin et l'inscription dans le réseau de ses liens intersubjectifs » (p. 9).