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Le livre de Kaës est un plaidoyer en faveur de la reconnaissance de la spécificité du complexe fraternel. Qu'est-ce qui rend possible cette reconnaissance? C'est la perspective à partir de laquelle il l'aborde: une perspective groupale. Le groupe constitue un paradigme méthodologique qui rend possible l'analyse des ensembles intersubjectifs et l'émergence des formations et des processus psychiques inconscients spécifiques, inaccessibles autrement. Cette perspective demeure strictement freudienne. En effet, René Kaës a montré, en s'appuyant sur trois textes freudiens fondateurs, comment, chez Freud, s'élabore le dépassement de l'opposition entre individu et groupe. Dans Totem et tabou, Freud avance l'hypothèse d'une psyché de masse. Dans Pour introduire le narcissisme, Freud montre que le sujet n'est pas seulement divisé du dedans. Il « mène une double existence: il est à lui-même sa propre fin et il est assujetti à une “chaîne” dont il est le maillon, le bénéficiaire, le serviteur et l'héritier » (2007, p. 11). Le narcissisme de Y infans, note-t-il aussi, s'étaie sur celui de la génération précédente qui lui transmet les rêves de désirs irréalisés des parents. « (…) ce n'est pas seulement de l'individu, dans son ancrage corporel et biologique, dont parle Freud: il s'agit du sujet, en tant qu'il est soumis à un ordre intersubjectif qui le constitue: celui des désirs inconscients de ceux qui le précèdent », commente René Kaës dans Un singulier pluriel (2007, p. 11). Enfin, dans l'introduction de Psychologie des masses et analyse du moi, Freud affirme que « (…) l'autre intervient très régulièrement en tant qu'objet, modèle, soutien et adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, d'emblée et simultanément, une psychologie sociale, en ce sens