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Dans cet ouvrage, Paul Denis formule un vaste projet: reconstituer la théorie des pulsions en faisant de l'emprise une notion centrale et, à partir de là, reconsidérer l'ensemble de la théorie psychanalytique. Rien de moins!
La composition de la pulsion, selon le jeu de forces qu'il a imaginé, s'inscrit comme un développement de la première théorie des pulsions telle que Freud l'a pensée dans les Trois essais sur la théorie sexuelle. Avant celle qui oppose pulsions sexuelles et pulsions d'autoconservation, il y a eu, selon son analyse, celle qui opposait les pulsions sexuelles et la pulsion d'emprise.
Un examen rigoureux de celle-ci le conduit à affirmer que cette opposition n'en est pas véritablement une, car elle ne rejette pas complètement la pulsion d'emprise en dehors du champ des pulsions sexuelles. Dans les éditions de 1905 et de 1910 des Trois essais …, Freud fait bien découler les motions cruelles de « sources à proprement parler indépendantes de la sexualité », sources qu'il regroupe sous le chef de la pulsion d'emprise dans l'édition de 1915. Toutefois, l'expression « à proprement parler » semble surtout liée au souci de Freud de bien définir le sexuel par le fonctionnement des zones érogènes, ce qui autorisera Paul Denis à placer l'emprise du côté du sexuel.
Reprenons ce passage: « Nous sommes en droit, écrit Freud, de supposer que les motions cruelles découlent de sources à proprement parler indépendantes de la sexualité, mais qu'elles sont capables, par une anastomose à proximité des origines de l'une et de l'autre, d'entrer précocement en étroite liaison. »
Cette idée d'anastomose en un point proche de leur origine entre l'emprise et la sexualité a incité Paul Denis à imaginer la naissance de la pulsion