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«Let's pretend», disait Alice. Cette phrase m'aide souvent à penser en remettant en jeu les éléments d'une question.
Le début de la présentation d'Alain Lebel évoque pour moi ces mots de J.-B. Pontalis: «Disons qu'un analyste qui ignorerait sa propre douleur psychique n'a aucune chance d'être analyste, comme celui qui ignorerait le plaisir - psychique et physique - n'a aucune chance de le rester.»1
Qu'il s'agisse de l'observation de nourrissons, du travail avec les enfants comme de tout autre travail psychanalytique, la rencontre avec la douleur ne peut pas attendre de l'analyste l'empathie comme seule réponse. La question du pulsionnel - celui de l'analyste et celui du patient - comme celle du langage doit être prise en compte. L'archaïque ne renvoie pas inexorablement à l'ineffable, au non-dit, à l'impossibilité de dire. S'il décrit souvent la difficulté de dire chez l'infans, dans sa résistance à accéder au langage, au formuler, à quitter le lieu «d'être deviné», Pontalis n'en fait pas pour autant un être mutique. L'objet secourable, «en apportant l'apaisement évoque la pacification», écrit Alain Lebel. L'on pourrait être tenté de croire que, dès lors, il n'est plus besoin de mots. Tout comme le serait le témoin ou la victime d'une trop grande douleur, d'une trop grande excitation: il, elle resterait sans mots pour le dire, hors les mots.
Pourtant, le travail psychanalytique vient remettre en branle le dire. Maud Mannoni2, grande habituée des institutions où se retrouvent les enfants difficiles, débiles, malades, soutient que l'enfant arrive au monde