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L'être humain normal n'est pas seulement beaucoup plus immoral qu'il ne le croit, mais encore beaucoup plus moral qu'il ne le sait.
Nous vivons en un temps particulièrement curieux. Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie.
Alors que la guerre sévit toujours en Ukraine et que la situation se détériore sans cesse au Proche-Orient, tuant des milliers d'innocents dans chacun des cas, exacerbant la violence et la haine, il n'est sûrement pas facile — et pourtant tellement nécessaire — de « penser » la destruction individuelle et groupale à partir de nos lieux psychanalytiques.
Les psychanalystes se sont penchés depuis longtemps sur la violence et la destructivité de l'être humain. Ils se sont aussi penchés sur l'effet des régressions groupales dans l'expression de la violence (Freud, 1921/1991; Kaës, 1993; Brunet, 2019). Comment, dans un groupe, un individu que nous pourrions généralement considérer comme une personne « normale », et non comme un psychopathe, pourrait être amené à commettre des meurtres et des meurtres de masse en raison de la dynamique du groupe ? Comment un des trois principaux interdits culturels — « Tu ne tueras point » — peut-il être si facilement et brutalement transgressé ? À cet effet, Freud avait magistralement décrit en 1921 la dynamique complexe autour de la projection, de l'identification et de l'organisation de ce que nous différencions aujourd'hui comme le surmoi et le moi idéal.