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Philippe Forest avertit son lectorat dès le début: il ne se reconnaîtra pas dans ce qu'il écrit et pourtant il ne fera que répéter la même histoire, son histoire bien que ce soit aussi celle d'un autre. Un autre écrit à sa place, répète à sa place, alors qu'il raconte le récit d'un autre, celui d'un peintre nommé Eben Adams dans un roman ou dans un film (Portait of Jennie de Robert Nathan d'abord, adapté au cinéma par David O. Selznick ensuite), qui quitte son premier auteur pour devenir avec Forest le personnage de ce roman. Quatorze chapitres chevillés les uns aux autres, partant d'une part de l'histoire de ce pauvre peintre, d'une fillette rencontrée dans Central Park, d'un fantôme pour se rendre dans divers lieux visiter et décrire les musées, les peintures, les toiles. Passages et oscillations allant du rêve à la réalité, de la réalité à la fiction, de l'image au rêve, du noir au blanc, de l'enfant aimée à l'adulte recherchée, de la nuit neigeuse qui ensommeille la terre jusqu'au printemps trop ancien, trop bref, oublié.
On peut sûrement s'y perdre dans ces sentiers, ces noms étasuniens, ces absences et ces présences, ces nombreuses oppositions, ces répétitions, ces boucles. Si la répétition chez Beckett essore le mot, épuise le sens pour l'effacer sous des stores baissés ou sous des montagnes de sable, chez Forest elle l'ancre dans la réalité du souvenir et de la fiction. Indéracinable affect, ineffaçable chagrin. C'est dire que tout le ramène au décès de sa fille à l'âge de quatre ans.
Tout lui fait retourner, comme dans Théâtre d'ombres (2022), aux pères poètes, peintres ou scientifiques qui perdirent un enfant.
Les tableaux que Forest dépeint projettent des couleurs. Non seulement le blanc neigeux des nuits, mais le jaune. Outre celui du petit pan de mur, le jaune de l'eau, du ciel, celui du rêve, de la lumière portée par Jennie que le pauvre peintre tente de capter, celui de la peau, celui qui devient le blond, le tout de ce qui est bon, celui enfin du so