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“Je suppose, que c'est moi qui dois parler”. Ce sont les premiers mots qu'une patiente a prononcés en ma présence. Ils ont, d'emblée, posé les paramètres du canevas sur lequel notre relation s'est tissée: qui parle et qui se tait, qui peut parler et qui doit parler; à quel moment et à qui, qui donne la règle et comment l'autre la reçoit, quel est le sens de la parole et celui du silence?
Ce sont aussi quelques-uns des paramètres que j'ai choisi d'aborder ici, du moins dans certains de leurs aspects.
Mais quelques remarques préliminaires sont à faire: je vais partir du point de vue que parole et silence ne sont opposés qu'à un niveau formel et que pour le psychanalyste, le silence est habité par des mots, ne fût-ce qu'à l'état potentiel - et la restriction est importante. D'une façon analogue, la parole est porteuse de silence, dans le sens où on n'a jamais TOUT dit. Imaginons un instant l'espace du caché en pleine lumière, en présence de qui serions-nous? Un sujet en état de transparence à lui-même, un être sans épaisseur, Dieu peut-être? Que serait la parole sans le silence? Et vice-versa, comme on peut dire: que serait la mélodie sans les soupirs, et le jour sans la nuit?
Considérons donc parole et silence comme deux aspects complémentaires du travail psychanalytique; deux termes qui s'interpénétrent dans une dialectique vivante et mouvante.
Mais comment ce point de vue affecte-t-il la règle fondamentale? Nous savons que cette règle apparemment très simple n'en impose pas moins un travail rendu impossible par l'action des résistances sans lesquelles, d'ailleurs, toute psychanalyse serait elle aussi impossible. Paradoxe si l'on veut, car l'observance de cette règle serait bien un indice de fin d'analyse. Mais n'est-ce pas, soit dit en passant, un autre paradoxe que de demander au psychanalyste d'être neutre et naturel tout à la fois - précédé d'un “il faut” implicite - comme on peut le glaner dans certains entourages analytiques.
Et pourtant, à vouloir résoudre ces para