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“Quant à monter à l'Acropole, qui peut dire que personne y soit jamais parvenu?”
La créativité “au sens général” et la créativité de l'artiste ont ce point commun d'être, toutes deux, pensées en termes d'expériences d'un entre-deux (1). La créativité spontanée n'est ni dedans, ni dehors (Winnicott, 1971). La créativité de l'artiste se situe à la jointure du point de vue pornographique et du point de vue créateur, écrit Meltzer (1973, p. 173).
Deux entre-deux, mais aussi deux silences: le silence dans lequel est cantonnée la question de l'origine de l'objet tran-sitionnel (a-t-il été créé, ou bien a-t-il été trouvé?), le silence dont le créateur entoure la gestation de son oeuvre.
Ces homologies ne doivent pas nous dissimuler l'hétérogénéité des deux créativités: l'une (Winnicott) donne sens à l'autonomie, tandis que l'autre s'articule à une secrète autarcie. Autonomie ou autarcie, l'entre-deux, ambigu, est ici celui qui sépare la capacité d'être seul de la recherche de l'isolement. Il nous faudra entreprendre de comparer une créativité à l'autre et de les penser simultanément. C'est en fait ce que les auteurs répugnent à amorcer: la comparaison tourne souvent à la confrontation duelle. Il n'est souvent question que d'une seule créativité à la fois. Winnicott, à la suite de Marion Milner, insère la créativité spontanée dans l'appareil conceptuel analytique, mais il pense qu'on ne sera jamais tenté d'expliquer la pulsion créative de l'artiste. Meltzer apporte une réflexion sur la créativité de l'artiste, mais il envisage la similitude de l'investissement perceptif de l'objet transitionnel et de l'objet pervers. Chaque créativité ne trouverait-elle son autonomie qu'à travers l'expulsion clivée de l'autre?