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Freud conseillait de consulter les poètes chaque fois que la théorie analytique n'aide plus suffisamment à lever certaine ambiguité.
Ainsi du désir de mourir dans son rapport avec l'état amoureux.
Or les grands poètes, d'Homère à Rilke, ont-ils chanté autre chose que les noces funèbres de l'amour et de la mort ?
Quand on examine la propre trajectoire de Freud, on voit sans peine que, parti d'une première théorie qui pose en principe le conflit des désirs sexuels et du moi, il aboutit à la seconde théorie des pulsions, laquelle oppose dialectiquement les forces de vie et de mort, Eros et Thanatos.
Dans l'intervalle, la théorie du moi s'est considérablement complexifiée, enrichie mais aussi obscurcie, surtout à partir de l'introduction du concept de narcissisme. De cette évolution témoignent un certain nombre d'écrits produits entre 1910 et 1920, “Pour introduire le narcissisme” au premier chef, mais encore quelques petits écrits un peu énigmatiques, notamment et pour ce qui intéresse plus précisément notre propos, “Le thème des trois coffrets”.
La seconde théorie des pulsions ne remplace pas simplement la première. Celle-ci en effet reste valable aussi longtemps qu'on privilégie le point de vue “névrotique” qui fut celui du premier Freud. C'est le point de vue d'un moi “fort”, adapté, réaliste, qui vise avant tout à “se conserver bien portant”. Ainsi pensonsnous rendre compte au mieux de ce que Freud a identifié comme le moteur de la pulsion du moi et conceptualisé sous le terme de “Selbsterhaltungstrieb”, trop banalement traduit en francais par “instinct d'auto-conservation”.
Si le névrosé est inapte à l'amour - dixit Freud - n'est-ce pas d'abord qu'il se défend de tomber dans un état qui est générateur d'une fragilisation narcissique dangereuse ? Le mot allemand “Verliebtheit”, avec son préfixe “Ver” toujours annonciateur d'un processus inquiétant, indique mieux que les termes français d'énamoration ou d'état amoureux qu'on a affaire à quelque chose qui risque de tourner