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La philosophie des sciences est largement dominée aujourd'hui par la pensée analytique anglo-saxonne (Thomas Kuhn, Imre Lakatos, Karl Popper, Ludwig Wittgenstein). La philosophie française, par contre, est encore quasi-entièrement sous l'influence des penseurs allemands. Les grands courants de la philosophie des sciences en France (Bachelard, Serres, Foucault, Althusser, Ricoeur) sont issus de Hegel, Husserl et Heidegger. D'autres philosophes français tels que Jean-François Lyotard et Paul-Laurent Assoun ont trouvé leur inspiration auprès des “maîtres du soupçon” allemands: Marx, Nietzsche et Freud.
Si les rapports de Freud à la philosophie sont pour le moins ambivalents, les rapports que nouent les philosophes avec la psychanalyse sont constamment marqués d'une ambiguité peu ordinaire. Un jeune philosophe, Paul-Laurent Assoun, dans une série de livres et d'articles publiés depuis 1976, nous aide précieusement à dénouer les entrelacs qui lient freudisme et philosophie. Ses réflexions sont indispensables à une relecture critique des oeuvres de Freud et elles me paraissent non seulement pertinentes mais aussi capitales pour situer le freudisme dans la pensée du XXième siècle.
Le discours que porte Freud sur la philosophie est ambivalent. En privé, Freud marque son adhésion à une spéculation proche de la pensée philosophique. De nombreux textes issus pour la plupart de la correspondance de Freud (notons en passant que jamais Freud n'a souhaité que soit publié cette correspondance; bien au contraire, il a demandé à Marie Bonaparte que soit détruite la correspondance avec Fliess qu'elle avait acquise d'un antiquaire) retenons un bref fragment issu de la fameuse lettre du 2.4.96 à Wilhelm Fliess (Freud, 1950a, pp. 143-144): “Je n'ai aspiré, dans mes années de jeunesse, qu'aux connaissances philosophiques et maintenant je suis sur le point de réaliser ce voeu en passant de la médecine à la psychologie. C'est contre mon gré que je suis devenu thérapeute”.
Pourtant, dans ses pu