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Les grands bouillonnements créateurs respectent rarement les bonnes manières épistémologiques;
On peut comprendre les réticences provoquées par l'oeuvre de Mélanie Klein au sein d'une première génération d'analystes trop occupés à baliser le champ d'exploration ouvert par Freud à l'aide d'une métapsychologie toute neuve.
Mélanie Klein bousculait la topique, malmenait la terminologie et son génie interprétatif pouvait laisser sceptique des lecteurs formés à la rationalité française, peu familiarisés de surcroït avec la clinique du jeune enfant.
Ces discussions passionnées et passionnelles autour de son oeuvre ont suscité chez Mélanie Klein ce ton polémique souvent irritant qui a contribué à occulter la valeur de ses concepts. Or, comment se passer aujourd'hui de ses mises en forme des organisations défensives archaiques, des positions schizo-paranoïdes et dépressives?
Tout analyste a recours à la notion de clivage de l'objet, d'identification projective ou de défense maniaque.
Cette lente assimilation des concepts kleiniens au fond commun de la pensée analytique a sans doute été possible au prix de l'abandon de quelques illusions.
Aujourd'hui, on ne se bat plus guère, chez les analystes, pour défendre un système. Nous savons bien qu'aucun auteur -même Freud - aucune construction théorique, ne peut rendre compte complètement des variétés de fonctionnement du psychisme humain. La multiplicité des discours analytiques ne s'articule pas en un tout cohérent. Nous voilà libres de jouer sur plu-sieurs modèles conceptuels selon la clinique qui nous occupe; libres aussi d'apprécier plus sereinement l'apport de l'oeuvre kleinienne à la connaissance de la réalité psychique sans avoir à prendre parti dans une guerre de religion.