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La “Robe” qu'endosse Eugénie Lemoine-Luccioni est une oeuvre riche et châtoyante. Si la coupe et la structure en sont rigoureusement sous-tendues par les repères théoriques lacaniens, l'étoffe en est finement tissée: les fils de l'expérience analytique, de la poésie, de l'ethnologie, de l'art, s'y croisent et s'y enchevêtrent en un réseau coraplexe.
Que représente le vêtement qui se donne à voir, qui nous cache et nous révèle, qui nous déguise et nous illusionne?
Contrairement à Roland Barthes qui s'intéresse à étudier le langage de la mode, Eugénie Lemoine-Luccioni surprend “le vêtement dans l'acte inaugural de la coupe précédant la couture” (1), Il s'agit done d'un processus de fabrication, Faire qu'étoffe et matière deviennent structure coupée, assemblée, recoupée et trouée. Acte créatif émanant du désir de donner forme à l'informe, d'engendrer une surface signifiante, langage du corps. Il s'agit d'une coupure radicale, créatrice et génératrice de sens.
Le corps, lieu des pulsions, bouge et s'exprime. Toujours voué à la représentation, il est en fait vêtu d'idéologie, d'esthétisme et de vêtements proprement dits.
Claude Lévi-Strauss affirme qu'il est très rare de trouver des tribus dans lesquelles le vêtement soit inexistant et que, dans ce cas, elles sont dégénérescentes. Le port d'un vêtement aussi sommaire soit-il, correspondrait done à l'avènement de la socialisation. Il représente l'élément d'une image de soi que l'on montre à l'autre. Selon Hegel, le nu absolu n'a pas de signification. Il ne parle qu'au travers des voiles, des étoffes, des masques, du maquillage dont il peut s'envelopper ou se dénuder.