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Seul, avec une épouvante et une nostalgie effroyablement vides. Toute la chambre pour y loger mes pensées. Rien que moimême, ce que je pense, ce que je crains. Je pourrais penser les choses les plus fantastiques, danser, cracher, grimacer, maudire, gémir - personne n'entendrait, personne ne saurait jamais. La pensée d'une privauté si absolue suffit à me rendre fou. C'est corme à la naissance. Tout est coupé. Séparé, nu, seul. La félicité et la torture simultanément. Le temps pesant sur vous. Chaque seconde vous écrasant comme une montagne. On s'y noie. Déserts, lacs, océans. Le temps bat comme un hachoir. Le néant. Le monde. Le moi et le non-moi. Tout doit avoir un nom. Tout doit être appris, éprouvé, expérimenté.
Non cogitact qui non experitur
Une anecdote introduira mon propos. Après deux ans de thérapie, une cliente me raconta comment elle avait ressenti la proposition que je lui avais faite à l'issue des premiers entretiens.
Cette femme d'une quarantaine d'années, fortunée et jolie, souffrait depuis son divorce de périodes dépressives fréquentes et d'épisodes somatiques douloureux. Elle avait consulté successivement plusieurs psychiatres et le dernier en date, excellent homme par ailleurs, avait l'habitude de la recevoir à la fin de ses consultations, par un appel téléphonique de dernière minute, de telle sorte qu'elle ne savait jamais exactement à quelle heure elle serait reçue. Ce qui la frappa dans son contact avec moi, ce fut ma détermination à lui proposer de la voir régulièrement. Elle en conçut quelque appréhension, il est vrai, mais elle en fut surtout très impressionnée: “enfin, voilà quelqu'un qui me prend réellement en mains!”. Cette impression, elle ne m'en fit l'aveu que deux ans plus tard.
N'était-ce pas le cadre que cette patiente avait perçu d'emblée, pour ses qualités de contenant solide et durable ?