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L'acting est parfois considéré comme un accident de parcours, un court-circuit dans la mentalisation.
Un type d'acting m'intéresse ici particulièrement : la manière dont le patient utilise l'analyste en séance.
Si cet acting est repéré dans le transfert, par le vécu contre-transférentiel de l'analyste, il peut être entendu comme une communication qui aide à comprendre le patient. Il arrive, en effet, que ce dernier pousse l'analyste à jouer un rôle précis, destiné à maintenir son équilibre défensif habituel.
Je pense à une patiente, Paule, dont l'analyse en cours depuis un an et demi, a la particularité de se passer en face à face, à la demande de la patiente qui avait très mal vécu le divan au cours d'une longue analyse antérieure. Ce face à face est très difficile à supporter tant le regard de Paule est pénétrant et contrôlant : elle parle sans arrêt, m'inonde d'un matériel qui ne manque pas d'intérêt et me tient bien en éveil malgré mon irritation d'être à ce point envahie par le flot de paroles et le regard.
Ma réaction contretransférentielle se manifeste par une attitude inhabituelle chez moi : je ne prends quasiment pas de notes au cours de cette analyse. Je sens vraiment en moi un refus catégorique à cette idée, à de rares exceptions près.
C'est le caractère inhabituel de cette attitude qui m'amènera à m'interroger sur sa signification.
Paule, quant à elle, mémorise très bien le contenu des séances, même si elle fait peu de liens d'une séance à l'autre.
Je suis souvent étonnée de la précision avec laquelle elle peut me rapporter ce que j'ai dit 6 mois ou un an auparavant.
Lorsque j'interviens, elle écoute attentivement, semble accuser réception, mais rien ne change.
Contrastant avec un discours répétitif, sorte d'étude sur son comportement, je sens chez elle un plaisir à venir aux séances, qu'elle ne manque jamais.