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Ma double formation d'analyste et de thérapeute du développement m'a amenée à considérer le rôle intégrateur de la motricité auprès d'enfants dont l'organisation mentale est marquée par des failles.
En effet, là où les faibles capacités de représentation ne peuvent assurer la régulation des affects, là où les images mentales floues surgissent par intermittence, comme une bulle à la surface de l'eau sans poursuite d'aucun processus élaboratif, signant ainsi l'échec du préconscient, l'éprouvé du corps de l'autre (ici le thérapeute) permet une resensualisation et une remise en corps nécessaires au déploiement de la mentalisation.
Comme en témoignent les écrits de Piera Aulagnier (1975), l'instauration de l'activité préconsciente (c'est-à-dire la capacité de penser sous une forme communicable marquée par la censure du refoulement) implique la constitution d'un corps unifié au niveau des zones érogènes.
La réalisation de l'unité corporelle présuppose la perception d'un espace corporel séparé de celui de la mère, qui se comble fantasmatiquement par la réunification des parties du corps de l'enfant à celles de la mère.
C'est sur ce décalque de mise en relation des différentes zones érogènes complémentaires chez la mère et l'enfant (bouche, mamelon, main, peau …) que l'enfant relie les parties de son corps en un tout unifié perçu comme une source de satisfaction apportée en réponse au désir de la mère.
Cette unification de l'espace corporel de l'enfant réalisée par le fantasme au cours du processus primaire dépend par conséquent du tout-pouvoir de l'autre pouvant imposer la présence de son corps ou la lui refuser. Par conséquent, tout événement survenant dans le monde extérieur est identifié par l'enfant soit comme cause d'un sentiment de plénitude intégrateur de son espace corporel, soit comme un accident mutilant son corps (ou le corps de l'autre) dans un mouvement aboutissant au morcellement.
Les enfants dont je me propose de parler, s'ils n'o