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C'est la fin de la journée. Il fait calme, bien chaud dans le bureau où la lumière est tamisée. J'écoute un patient se taire. Ma pensée flotte, et voilà que je me souviens d'un vécu personnel resté inexpliqué au cours de mon analyse : il m'était arrivé, l'une ou l'autre fois, parlant avec animation, d'être prise d'un malaise qui ne passait qu'en me taisant. C'était comme une injonction informulée que je reconnaissais après lui avoir obéi. Si je reprenais la parole pour expliquer le brusque silence qui m'avait assaillie au milieu d'une phrase, le malaise revenait. Je me posai, bien entendu, la question rituelle : de quoi me parlait cette remémoration ? Qu'essayais-je de penser à propos de mon patient ? Dans le silence persistant, je me trouvai évoquant avec envie l'un ou l'autre analyste se décrivant bourré de paroles par le patient, la tête tournée par le flot continu d'un discours ininterrompu et même ne pouvant plus penser sous l'impact : c'est que l'ennui menaçait, et sans doute n'étais-je pas dans un jour où l'endurer tranquillement.
Et puis, sentant naître ma mauvaise humeur, je me rappelai au devoir et, si je ne recevais pas de quoi penser sur les associations du patient, je me dis que je pouvais au moins penser sur les miennes : à coté de ce silencieux, la gêne devant ma parole, jadis, l'analyste assailli - et il me vint : mangé - de paroles, la mauvaise humeur imminente, et l'interprétation apparut : mon écoute était le sein où le patient effrayé par son avidité ne pouvait pas s'abreuver.
Cet homme, Mr. A, est un avare. Si je le reçois trente secondes après l'heure, je le vole, si c'est trente secondes avant, je le prends au dépourvu, si je l'ai gardé trente secondes de trop pour lui donner le temps de finir sa phrase, quand il parle, il me le fait remarquer le lendemain : quand on pèse, il faut peser juste.
Je formule mon interprétation d'une voix calme, en prenant bien mon temps et en me répétant, comme je dois le faire avec lui, car nous savons tous les deux