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Il est habituel de recourir au seul modèle freudien pour comprendre la névrose et de faire appel à M. Klein pour éclairer le registre de l'archaïque. Si j'ai longtemps suivi cette démarche, il m'apparait aujourd'hui qu'elle repose tout à la fois sur une fidélité quelque peu aveugle à la théorie freudienne et une méconnaissance des oeuvres kleiniennes et post-kleiniennes.
L'Oedipe kleinien, plus extensif que le complexe freudien, rend mieux compte de l'instauration de la problématique oedipienne. Ceci est malheureusement peu perçu car l'oedipe précoce est souvent confondu avec l'oedipification, le pseudo-oedipe, ou même le pré-oedipe.
En outre, l'élaboration dépressive du drame oedipien, permet de saisir de manière plus satisfaisante que la théorie freudienne, les aspects les plus évolués du complexe et de son déclin. Cette élaboration dépressive rend compte de l'émergence - au terme de l'oedipe - d'un mode de fonctionnement qui s'avère être plus compliqué et plus exigeant que Freud ne le supposait.
Ce dernier point est source constante de malentendus. Les kleiniens considèrent, en effet, que la plupart des exemples cliniques de névroses exposés par Freud relèvent, en fait, d'aspects oedipiens précoces. Même ses patients les plus évolués parmi lesquels le petit Hans est sans doute le plus attachant par son amour profond pour ses objets parentaux - sont loin d'une élaboration dépressive satisfaisante de leurs conflits oedipiens.
Vouloir combler les failles du modèle freudien en recourant à l'oeuvre kleinienne traduit un éclectisme optimiste et utopique, issu d'un désir naïf de réconcilier le père et la mère de la psychanalyse.
Il est, en effet, impossible de considérer les modèles kleiniens comme de simples ajouts à l'oeuvre de Freud. Envisager l'oedipe kleinien comme le prédécesseur de l'oedipe freudien est par trop simpliste. De même, il est absurde de vouloir intégrer le concept fondamental de “position dépressive” au modèle freudien de la névrose en espérant l'améliore