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Une citation de Céline, en exergue, indique assez bien un des fils conducteurs de l'ouvrage : “C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir”. Un fil fait de plusieurs brins, tissés ensemble : la quête de toute une vie, le “rien” de son objet, le chagrin pour expérience primordiale à la jointure de la séparation, l'identité qui y trouve son aliment premier (ou dernier), enfin la mort à l'horizon, toujours à l'horizon.
Un chapitre d'abod sur l'enjeu actuel : face à la chimie des antidépresseurs, la réponse de l'analyse, en quelque sorte subversive, confrontant le sujet en dépression au “visage caché de Narcisse”, décelant le deuil impossible de l'objet maternel, la problématique ouverture à l'altérité et les tâtonnements de l'accès à la symbolisation, Les avatars de la parole polarisent l'attention d'un second chapitre. Le tarissement de la parole s'y révèle comme l'évitement d'un deuil, rendant impossible l'enchaînement, dans le langage, des signifiants, et comme le refus d'adhérer à un registre (préexistant) de signes. Par une dérive sémantique, Kristeva oppose ici déni et dénégation, donnant au premier le sens d'un refus du signifiant, à l'autre la portée de ce que j'appellerais l'illusion nécessaire à la survie devant la perte de la mère. Ce texte consacré à la vie et à la mort de la parole nous a particulièrement frappé par l'intérêt porté au “ton qui fait la chanson”.
Trois vignettes cliniques exposent ensuite diverses facettes de la dépression féminine, Kristeva s'interrogeant d'entrée de jeu sur “l'addiction” particulière de la sexualité féminine “à la Chose maternelle” et sur le deuil de l'objet d'apparence “plus difficile, sinon impossible” pour une femme (p. 96). Le corps-tombeau avec son omnipotence perverse et fridige, la “perversion blanche” voilée dans la dépression, le désir d'enfant, synonyme d'une fusion omnipotente et léthale : autant de façons dont se noue l'imp