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Le “Totem et Tabou” écrit entre 1911 et 1913 fut et reste un des livres de Freud les plus contestés : soumis aux aléas d'ambivalences fort changeantes, il peut se faire modèle ou repoussoir. Tels furent aussi mes sentiments lors d'une récente lecture : Freud, fidèle à son modèle de la théorie du rêve, y fait comme un nouvel exercice d'application : “tentons, comme pour voir, d'utiliser nos connaissances psychanalytiques afin d'estimer leur adéquation possible à un champ d'investigation qui n'est pas son domaine propre”. Aventure intellectuelle qui peut être fascinante mais qui ne cesse de poser question quant à son opportunité et à la méthodologie qu'elle utilise. Si je dis qu'il est fidèle au modèle du rêve, c'est que depuis “l'Interprétation” jusqu'en 1912 Freud n'a cessé de montrer l'intérêt de ses découvertes pour l'étude d'autres objets que la psyché individuelle : que ce soit à propos d'art, de littérature, de religion ou d'évolution des civilisations, l'outil psychanalytique pourrait sans doute y gagner, grâce à une plus grande universalité, une meilleure notoriété. Freud applique donc son modèle avec beaucoup de bonheur, de génie et de force; c'est d'ailleurs à partir de 1913 que la psychanalyse, comme pratique et corpus théorique sort de son isolement.
L'essai d'application psychanalytique au “Totem” va peutêtre trop loin ce qui expliquerait l'inhibition de Freud à le publier et les nombreuses ambivalences que cet écrit a suscitées depuis sa parution. C'est que, au lieu de s'attarder à des sujets tels que la production artistique ou bien de produire à propos des civilisations des idées intéressantes mais trop générales pour être réfutables, Freud attaque, sans le savoir je pense, la question essentielle de la nature du lien social. Ses adversaires ne s'y tromperont pas et auront tôt fait de réduire ce livre à une manifestation supplémentaire de l'esprit certes fort imaginatif mais peu sérieux et scientifique de son auteur. On résume cet écrit