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Je me trouve depuis quelques temps dans la situation douloureuse de penser certaines choses au contact de mes patients dans ma pratique quotidienne, et d'avoir de grandes difficultés à les communiquer. La relecture de Bion m'a confortée dans l'impossibilité de déterminer soi-même si une expérience éclairante pour soi en tant qu'analyste, peut être communiquée à d'autres analystes et si cette communication mérite d'être communiquée et reçue. Pour citer Bion, “il n'est d'autre réponse que d'essayer”.
Depuis quelques années, je suis amenée à la suite d'un trajet personnel, clinique et théorique, à accorder une importance de plus en plus grande à l'existence de mécanismes extrêmement puissants d'évitement de la culpabilité dépressive par renversement de l'angoisse dépressive en angoisse paranolde-schizoide. Quoi de bien neuf? J'insiste sur l'idée de renversement parce que c'est à cela que j'ai eu l'impression d'assister dans maintes séquences d'analyse. J'y insiste pour faire la différence avec la simple coexistence des angoisses dépressives et paranoïdes, coexistence qui se manifeste par l'oscillation du matériel d'un pôle à l'autre.
Je rappelle ici les formulations de Mélanie Klein au sujet de la coexistence des angoisses dépressives et des angoisses paranoïdes-schizoïdes (Mélanie Klein, Le moi et le bon objet, 1932-1960, Jean Michel Petot, 1982, Paris, Dunod, pp. 196-197).
“Il n'y a pas plus d'angoisse purement dépressive qu'il n'y a d'angoisse purement paranoïde. Toute angoisse combine à des degrés divers ces deux aspects. Parce que l'enfant intériorise des objets dès sa naissance, l'angoisse relative au moi -c'est-à-dire l'angoisse paranoïde - doit inclure également un certain souci pour l'objet. Réciproquement, l'angoisse dépressive telle qu'elle est éprouvée au cours de la position paranoï-de-schizoïde, ne se rapporte pas seulement au bon objet, mais aussi à la partie du moi qui le contient et qui, de ce fait, est ressentie comme une bonne partie”.
Ainsi, pour M. Kle