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Le langage constitue l'outil privilégié du travail de l'analyste : l'interprétation se formule grâce à lui. Pourtant, les analystes s'interrogent-ils parfois sur l'essence même de leur principal instrument d'intervention? Pourquoi parle-t-on, comment parle-t-on? … C'est, en tout cas, les questions qui naissent à la lecture du livre de Ruth Menahem.
Cet ouvrage n'est pas un écrit “psychanalytique”. L'auteur s'en défend d'ailleurs. Comme elle le dit elle-même, la psychanalyse utilise le langage mais son objet d'étude n'est pas le langage : d'autres disciplines s'en chargent, auxquelles Ruth Menahem consacre une large part de son livre.
Mais la pensée conductrice qui articule les points de vue envisagés est authentiquement psychanalytique. En effet, Ruth Menahem choisit une “approche psychologique du langage parlé”; son argument est de prendre en compte ce qui, dans le langage, est de l'ordre de la “folie”, dimension passionnelle que les défenses de tout un chacun conduisent à trop souvent négliger. Le langage a pour fonction de donner sens et de communiquer, certes, mais dans une forme qui inclut la décharge de l'affect dont il canalise l'expression.
Les résistances à prendre en compte la dimension de folie dans le langage dépassent les considérations relatives au langage parlé. Les théories qui ont le langage pour objet - la linguistique particulièrement - ont également à affronter la folie à l'oeuvre dans leurs propres prises de position. Aussi le “parler sur la parole” de la linguistique n'échappe-t-il pas aux excès défensifs qui figent les théories en “enclos linguistiques”, en réduisant l'étude de la langue à un contenu supposé