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Le titre pourrait paraître étonnant, à première vue. L'adolescence n'est-elle pas le temps des découvertes, des amitiés passionnées, des joyeux chahuts spontanément éclos? Sans doute est-il vrai que la recherche et le contact du “socius” sont parmi les grandes préoccupations de cet âge. Mais nous savons bien, tout autant, que l'adolescent a besoin de retrait, de discrétion, et peut faire preuve d'une grande timidité dans les rapports avec autrui. Celle-ci n'est d'ailleurs pas toujours de mauvais aloi; elle signale l'accès de l'adolescent à plus d'intériorité.
Ce portrait contrasté n'est paradoxal qu'en apparence, car la variété des traits et leur côté contradictoire font précisément partie du tableau adolescent. Anna Freud a eu des mots justes pour en parler, même si le style en est vieilli, quand elle écrit : “L'adolescent est extrêmement égoïste, se considère comme le centre de l'univers, le seul objet digne d'intérêt, mais en même temps il se montre capable, à un degré auquel il n'atteindra jamais plus dans sa vie ultérieure, de se sacrifier, de faire le don de lui-même. Il noue les relations amoureuses les plus ardentes pour les rompre aussi brusquement qu'il les avait commencées, s'adapte avec enthousiasme à la vie de la communauté et a cependant un besoin impérieux de solitude, oscille entre une obéissance aveugle à quelque chef qu'il a lui-même choisi et une révolte violente contre toute autorité quelle qu'elle soit. Intéressé, matérialiste, il est tout plein d'un sublime idéalisme, pratique l'ascétisme, mais a soudain besoin des satisfactions pulsionnelles les plus primitives. A certains moments, il se montre brutal, sans égard pour son prochain, tout en manifestant lui-même une excessive susceptibilité. Son humeur oscille entre l'optimisme le plus souriant et la mélancolie la plus noire, entre une ardeur inlassable au travail et une morne paresse, un manque d'intérêt pour toute chose” (Le moi et les mécanismes de défense).
On comprend que, dans un pareil cont