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Dans “Le Mythe de Sisyphe”, Albert CAMUS écrit : “Nous habitons notre corps bien avant de le penser. Le corps a ainsi sur nous une avance irréparable”. C'est à cette avance irréparable que les psychanalystes ont à faire, jour après jour. Si la psychanalyse, comme son nom l'indique, est d'abord science de l'âme, elle ne peut passer sous silence ce que lui apprend l'expérience du divan, et que FREUD, déjà dans les “Trois essais sur la théorie de la sexualité” a mis à jour : à savoir la dépendance totale du Moi par rapport au corps.
On a souvent accusé les psychanalystes de négliger le corps de leurs patients (et sous-entendu, bien sûr, la “réalité”) mais, comme je viens de le rappeler, FREUD, et après lui nombre de ses élèves, ont fait référence au corps, au corporel, à l'éprouvé dans la cure et aux représentations du corps auxquelles nous sommes toujours confrontés. Pour mémoire, ici, je ne citerai que les travaux de TAUSK et de FEDERN, qui, quoique prenant des options différentes l'un de l'autre dans leur théorie sur le corps, ont largement montré ses implications dans de nombreuses pathologies, et en particulier celles touchant au narcissisme. SCHILDER et SPITZ, de leur côté, ont montré combien complexe était la construction de l'image corporelle et ont insisté sur le rôle de l'objet dans sa constitution.
Les recherches psychanalytiques de ces dernières décennies ont marqué la prise en compte du corps dans la théorie psychanalytique et combien elle seule pouvait donner explication des “passages” si mystérieux entre soma et psyché. Je ne pense pas seulement ici aux recherches concernant les maladies psycho-somatiques, mais aussi à celles de la psychanalyse des enfants, normaux ou psychotiques. Au premier chef dans l'étude des états-limites et de la psychose, on ne peut mettre à l'écart les relations difficiles corps/psyché. On le voit, d'emblée, dès qu'il s'agit du corps on est introduit au plus intime et au plus particulier de l'être, avec, pourtant toute l'ambiguïté