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Un instant l'enfant a suspendu son jeu et son regard s'est fixé sur sa mère. Ce regard qui toujours était contact, lien, parfois mème agrippement, est à cet instant comme détaché, non pas lointain mais distant, scrutateur. La mère, troublée d'être ainsi observée, questionne:
“A quoi penses-tu?”.
“A rien”.
Un ange passe… Puis l'enfant reprend son jeu et tous deux vont s'empresser d'effacer ce bref moment où une pensée est venue troubler leur paisible harmonie.
Qu'y a-t-il derrière cette étrange réponse : dissimulation, refoulement, non-pensée?
Certes, l'un des mythes fondateurs de notre univers mental concerne l'interdit de la Connaissance. L'expulsion du Paradis, la chute dans la souffrance, sont les conséquences du désir de Savoir.
Mais pourquoi et comment la pensée, outil du connaître en vient-elle à se constituer en une activité secrète, interdite, parfois même censurée si parfaitement qu'elle en disparait?
Ce sont de ces interrogations sur les barrages, les blocages de la pensée consciente, fonction du Moi, instrument de connaissance et de mise en sens du monde qui nous entoure, qu'est né ce texte.
Dans un premier temps c'est de l'espace social et des groupes qui le composent que sont issues mes questions sur les vacillements de la pensée. En effet l'histoire de notre siècle nous confronte à cette réalité inquiétante de l'impact aliénant de la pensée groupale, et du redoutable pouvoir de certains leaders, enfermant les intellectuels, définis pourtant comme des experts de la pensée, dans une surdité et un aveuglement absolus à certaines données du réel. J'en donnerai pour exemple le déni persistant des intellectuels communistes ou compagnons de route d'intégrer l'évidence du hiatus entre leur objet idéal, le communisme et sa réalisation en Union Soviétique. Et dans le domaine de la psychanalyse, comment ne pas s'interroger avec quelque effroi sur les phénomènes répétés d'adhésion massive à un maître à penser entraînant l'abolition de la pensée individuelle, c'est-à-dire