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Lors de la première lecture que je pus faire de cet ouvrage, paru en traduction française en 1983, quelque chose m'avait d'emblée alerté, en dépit de l'intérêt évident de la démarche, et qui me fit paraître quelque peu chagrin au regard de collègues sortis enthousiastes de cette lecture. Il me semblait dès alors qu'une sorte de procès était intenté aux parents, comme si tout le mal venait de là, et sans penser qu'ils avaient été eux-mêmes des enfants. Une double réserve s'imposait donc à moi, dans deux directions: la propre hérédité psychique des parents, le potentiel propre de l'enfant dans son état de dépendance. Le démon de l'idéalisation nous guettait sournoisement, et le titre de l'ouvrage n'était pas innocent à cet égard: qui donc, surtout parmi les psys, ne se sent-il pas un peu “l'enfant doué”?
La mise au point apportée par l'A. et présente dans cette réédition confirme clairement cette première impression. Elle s'y affiche en rupture avec la psychanalyse, dont elle critique la fâcheuse tendance à “qualifier des faits de fantasmes”. Elle ira même jusqu'à dire que la psychanalyse veut “éviter à tout prix l'ouverture” a l'émotionnalité de sa propre enfance.
J'ignore à quelle sorte de psychanalyse Miller a eu à faire, je respecte aussi l'aveu qu'elle nous fait d'avoir enfin accès à sa propre enfance. Tout cela n'empêche que la réalité psychique existe. Cette découverte essentielle a pu donner l'illusion que tout problème s'enracinerait là, et là seulement. La pensée psychanalytique contemporaine s'intéresse de plus en plus à la place de la réalité extérieure, comme j'ai pu en témoigner moi-même récemment (Rev. B. Psychanal., n° 15, pp. 35-51), mais sans pour autant ignorer l'impact psychique interne, dans l'imaginaire, de tout ce vécu “objectif”. Telle est l'intuition essentielle de la psychanalyse, qu'il n'est pas nécessaire d'abandonner, même s'il importe de se préoccuper des conditions concrètes réelles de la vie de nos patients.