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“J'ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château. Je n'ai aucun souvenir de l'avoir écrit. Je sais que je l'ai fait, que c'est moi qui l'ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l'endroit, la gare d'Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce journal. Quand l'aurais-je écrit? En quelle année? A quelles dates du jour, dans quelle maison, je ne sais plus rien.
Comment ai-je pu écrire cette chose que je sais nommer et qui m'épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu même abandonner ce texte pendant des années, dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver”.
Marguerite Duras (Préface de “La douleur”)
“Dans mon absence de souvenirs d'avant, ni visages, ni scènes familiales, je garde une vision assez précise de cette maison et de l'ambiance qui y régnait comme d'un véritable lieu de vie. Encore que je puisse mal départager mes impressions personnelles de ce qui me fut raconté par la suite.
Mais ce flou entre mémoire réelle ou suggérée n'est-elle pas le lot commun de beaucoup d'enfances?
Annie Duperey (“Le voile noir”)
Le texte abandonné dans la maison de campagne régulièrement inondée et les photos d'une enfance perdue empaquetées dans le troisième tiroir “de la commode-sarcophage” sont redécouverts de longues années après la catastrophe dont ils témoignent, tout en n'en livrant pas le secret. Car ils sont “encryptés”, en attente de réanimation, d'élaboration et d'intégration. Leurs dépositaires respectifs ont osé les reprendre à un moment significatif de leur vie et les utiliser comme départ d'un long et douloureux périple intérieur, à la recherche de parties d'elles immobilisées et encapsulées dans l'espace et le temps. Car croître psychiquement suppose la réappropriation de chapitres de sa propre histoire et de la capacité de l'habiter. L'expérience traumatique laisse des traces d'autant plus mutilantes pour l'organisation psychique, qu'elle est souvent impensable, irre