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Interroger systématiquement un concept laisse une impression étrange : celle de sentir vaciller des repères qu'on croyait confusément solides, celle de mettre en question l'utilisation automatique qu'on faisait dudit concept, celle, plus perturbante encore, de ne plus savoir de quoi on parle… Lendemains de colloques, de congrès, de symposium qui demandent un temps de sédimentation avant la récupération de la notion, enrichie des apports glanés au gré des exposés.
Sans doute, cette déstabilisation transitoire est-elle plus sollicitante encore quand, comme ce fut le cas pour notre colloque consacré au traumatique, le concept revisité appartient aux fondements de la psychanalyse; qui plus est, son évolution scanda des moments de révisions épistémologiques parfois déchirantes pour Freud lui-même. Les deux excellents exposés théoriques qu'il nous fut donné d'entendre, ceux de N. Minazio et J. Deiaunoy, ont commenté, chacun à leur manière, une des interrogations que le concept de traumatisme ne cesse de poser à la pensée psychanalytique : l'impact traumatique sur les troubles psychiques est-il d'origine externe ou interne? Quelle est la place, dans sa théorisation, qui revient à la réalité matérielle et à la réalité psychique? La neurotica mettait l'accent sur la “réalité de la séduction”; la “réalité psychique” envisagée par Freud après l'abandon de la neurotica initie le rôle traumatique des désirs et des fantasmes; dernier chaînon de la pensée freudienne, le retour à la “mère séductrice” (Nouvelles Conférences - L'Abrégé) redonne tout son poids à la réalité. Pour Freud, on le sait, les traumatismes réels ou fantasmes étaient essentiellement de nature sexuelle. Depuis Freud, il nous fut rappelé la permanence de certaines des acceptions du traumatisme comme l'évolution à laquelle est soumise sa compréhension, évolution qui épouse étroitement les fluctuations des centres de gravité de la pensée psychanalytique.
Les interrogations théoriques que pose la notion de traumatisme