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La référence à des concepts scientifiques propres à d'autres champs scientifiques, occupe dans la théorie analytique, une place ambiguë; c'est, à tout le moins, ce qu'on peut dire quand on suit l'évolution de la pensée de Freud lui-même. Il faut bien entendu préciser que je ne cherche pas ici à aborder la question de la nature “scientifique” ou non, du savoir analytique et encore moins, du rapport conflictuel que la communauté scientifique peut entretenir avec la psychanalyse; je veux examiner l'importance de la référence explicite ou implicite que Freud et ses successeurs font aux concepts scientifiques pour illustrer, expliciter voire justifier leurs réflexions théoriques : il s'agit donc bien d'interroger les concepts scientifiques comme un horizon potentiel sous lequel se déploie la pensée psychanalytique et les effets déformants ou créateurs que ce rapport engendre.
La référence à la science de son époque est constante chez Freud; qu'on pense simplement à l'importance qu'il a accordée à la théorie évolutionniste de Darwin : rares sont les textes où Freud ne peut s'empêcher de formuler une hypothèse “phylogénétique” pour confirmer ses hypothèses cliniques. A tout propos, il tente d'illustrer la formule de Haeckel suivant laquelle le développement ontogénétique “récapitulerait la phylogenèse”. Sa pensée est profondément marquée par cette idée d'un “archaïque” omniprésent comme origine d'une évolution hiérarchisée et source potentielle de régression. Au niveau individuel comme sur un plan collectif, la pensée de Freud est imprégnée d'un évolutionnisme incontournable; il assimile d'ailleurs sans hésiter la pensée des peuples qu'il qualifie de “primitifs”, aux avatars infantiles de nos destinées individuelles. Sa pensée est ainsi globalement inscrite dans les limites d'une temporalité linéaire et évolutionniste où l'originaire est sans cesse identifié au primitif, figure actuelle supposée de nos origines archaïques, ce qui passe