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“Ces derniers mois sont pires que ceux que j'ai eu à endurer pendant la guerre. Mon fils aîné est toujours prisonnier en Italie. Notre santé, notre poids s'en ressentent et je puis vous assurer que nous ne sommes pas ici les seuls dans ce cas.
L'avenir nous paraît sombre. Je suis prêt à confesser que le sort ne s'est pas montré injuste et qu'une victoire allemande aurait sans doute asséné un coup plus dur encore aux intérêts de l'humanité en général, mais on ne ressent aucun soulagement à donner sa sympathie à la partie gagnante quand notre bien-être a été misé sur la partie perdue”.
Cet extrait d'une lettre écrite à Jones, le 15.01.1919, nous révèle combien Freud vivait difficilement à Vienne aux environs des années 1920, après la première guerre mondiale. Vienne, capitale déchue où régnaient la misère et le froid. Avec la chute de l'Empire austro-hongrois, l'Autriche se trouvait coupée du monde occidental, mais aussi de l'Allemagne et de la Hongrie, deux centres où la psychanalyse pouvait se développer.
Jones et Pfister avaient proposé à Freud de s'installer en Angleterre, mais iI avait refusé catégoriquement, n'imaginant pas de quitter cette Vienne à laquelle un lien intense et ambivalent le rattachait. D'autre part, iI espérait encore garder le contact avec Berlin et Budapest, bien qu'il dût rapidement renoncer à ses espérances car la révolution bolchevique allait enrayer gravement le développement du mouvement psychanalytique.
A Budapest, Ferenczi fut poursuivi par la police et mis sous surveillance; les fonds de financement versés par Anton von Freund pour l'Association Internationale de Psychanalyse, déposés en Hongrie, furent bloqués presqu'intégralement à Budapest. C'est dans ce climat précaire d'après-guerre que Freud subira également des pertes d'êtres qui lui sont chers. Tout d'abord la mort justement de von Freund, mécène du mouvement psychanalytique, mais aussi ancien patient que Freud avait soigné de 1918 à