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L'affaire au début fut jugée de peu d'importance. Tout juste avait-on signalé quelques surprises du côté du lac Manyara. Des petits étaient nés quasiment sans poils. Les guenons avaient été fort troublées; pensez donc une seule touffe de poils sur le crâne, je voudrais vous y voir vous. Mais passé ce moment de recul, la nature avait repris ses droits et les jeunes femelles, plus curieuses sans doute, avaient déjà entrepris quelques manoeuvres d'approche. On avait fini par les mettre à la mamelle. Après tout…
Toutefois, après plusieurs semaines, les choses commencèrent à prendre une drôle de tournure. Non seulement les petits singes nus ne se contentaient pas de faire comme les autres, mais voilà qu'ils retroussaient les babines en gloussant légèrement, marchaient souvent à deux pattes et étaient bien plus agiles que leurs congénères pour attraper avec leurs pattes avant ce qu'ils voulaient. Dans la tribu, ce fut une perplexité générale. Il fallait encore que certains se distinguent. Décidément on ne serait jamais tranquille.
Mais là où les événements se précipitèrent et où la rumeur s'enfla jusqu'au Serengeti, c'est quand on signala que quelques énergumènes avaient décidé d'arrêter de faire le singe. Ils grognaient de manière incompréhensible des sons qu'on n'avait jamais entendus jusque là de mémoire de chimpanzé, et de plus ils s'adressaient les uns aux autres, semblant se comprendre. Ils devenaient très habiles, communiquant entre eux plus facilement que le vulgum pecus. Le tollé fut général et les grands mâles décidèrent pour le soir même une grande séance d'épouillage général.
Allait-on garder en vie ceux qui bousculaient tant de traditions si péniblement acquises ? La discussion prit un caractère orageux. Coups de gueule, coups de pattes, coups de dents s'échangeaient au milieu des cris stridents. Quelques poils furent même arrachés. Les menaces étaient claires. Il fallait en finir gesticulaient certains; d'autres plus calmes tentaient de mont