You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
J'avais terminé la première partie du texte concernant les écrits freudiens de psychanalyse appliquée, par une étude de “l'inquiétante étrangeté” paru en 1919. Depuis, j'ai lu un article de Nicholas Rand et Maria Torok(16) qui définissent l'inquiétante étrangeté comme “l'effet durable d'un secret à jamais inconnaissable et dévastateur qui sévit au sein de la famille”. Le délire de Nathanael, le héros du livre de Hoffmann, porte sur les yeux, “des yeux dépourvus de vision souvent empêchés de voir”. Le sens double et conjugué de “heimlich” en allemand (ce qui fait partie de la maison, le familier et en même temps le secret, tenu caché) décrit parfaitement la situation familiale de Nathanael, empêché de voir par sa mère et la bonne, les activités mystérieuses de son père avec Coppélius.
Pour en revenir aux années de guerre, Freud s'est consacré à d'importants écrits métapsychologiques sur le refoulement et l'inconscient ; en 1917 paraît “Deuil et Mélancolie” et en 1918 “L'homme aux loups”. L'année 1919 est riche en publications: “Les voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique”, “On bat un enfant”, et “L'inquiétante étrangeté”. Le coup de théâtre théorique se situe en 1920 avec la parution de “Au-delà du principe du plaisir” qui modifie la théorie pulsionnelle et la métapsychologie par l'introduction de l'instinct de mort.
Il n'est pas inutile, à ce propos, de rappeler que, malgré la fin de la guerre que Freud a traversée avec dignité et courage, il n'est pas au bout de ses souffrances personnelles. Ses trois fils sont revenus de la guerre, mais en 1920, sa fille Sophie meurt, emportée par la grippe. Il écrit à Ferenczi : “Mon cher ami, ne vous faites pas de soucis pour moi. A part un peu de fatigue, je suis toujours le même. Cette mort, si douloureuse qu'elle soit, ne trouve chez moi aucune conception du monde à renverser. Pendant des années, je me suis préparé à supporter la perte de mes fils, maintenant vient celle de ma fille; comme je suis profondément incr