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Pour la première fois le soleil chauffe, et un parfum printanier plane sur la brise. Je me promène dans le parc, main dans la main avec un petit garçon qui m'explique que pour le moment les arbres n'ont pas de feuilles, mais qu'un jour elles reviendront, et qu'on appelle cela le printemps. Je murmure un “hmhm” affirmatif, et nous nous arrêtons près de l'étang pour nourrir les canards sauvages qui eux sont déjà de retour. Tout d'un coup le petit bonhomme s'exclame: “Regarde, il y a un grand arbre dans l'eau, et un autre là-bas!”. Puis il lève le visage vers moi. Ses yeux brillent de plaisir. De façon taquine, mais aussi avec un soupçon d'apaisement dans la voix, comme s'il voulait me rassurer, il ajoute: “C'est pas vrai tu sais. ils ne se trouvent pas réellement dans l'eau. Celui-ci c'est le grand qui est là, et l'autre pousse derrière l'étang.” Au moment même je suis agréablement surprise parce que je me rends compte du fait que pour voir “les arbres dans l'eau”, pendant qu'on regarde les canards et les arbres ‘réels”, il faut pouvoir changer d'optique. il faut pouvoir regarder en profondeur pendant qu'on regarde ce qui se passe en surface. Et dire que ce petit bout de bonhomme est capable d'un tel exploit! Avec plaisir je lui réponds: “Tu as tout à fait raison! Dans l'eau ce n'est que le reflet des arbres. “Pensif, et avec tout le sérieux et la sagesse de ses quatre ans, il me dit: “Oui, mais c'est quand même un peu vrai aussi, les arbres dans l'eau.”
Ce n'est que par la suite que je me suis rendu compte que ce petit garçon décrivait une situation que Bion utilse pour illustrer certaines de ses idées sur la transformation (1965). Mais, dans ce contexte là, Bion ne parle pas des rêves. Et pourtant, ne pourrait-on pas dire que bien de rêves sont un peu comme ce reflet des arbres dans les eaux de l'étang? ils nous montrent ce que la réalité externe est devenue à l'intérieur de nous, au profond des ténèbres insondables. ils nous racontent comment les choses