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Je pense que, plus que de se pencher sur leur forme et la nature de la pensée qui les organise, la psychanalyse, depuis ses origines, s'est surtout attachée à décrypter la signification des rêves. L'attention apportée à la recherche du sens l'a ainsi emporté sur la définition des modes de pensée propres aux rêves. Or le rêve étant toujours surgissement, au réveil, de l'étrange du non identique à soi engendré par une sorte de Soi mystérieux et nocturne, il pose inévitablement la question du décodage : comment transformer le non évident en évidence, à moins de considérer le rêve comme un phénomène secondaire et définitivement sans intérêt réel? Voilà la question qui, depuis des siècles, hante civillsations et individus.
Freud a eu le mérite de retourner voir du côté de cette faiseuse de chimères en opposition avec une tradition occidentale qui opérait jusqu'alors une coupure nette entre la raison, surtout diurne, et ce qui en évoque la perte toujours associée à la pensée nocturne. C'est un des aspects les plus stimulants de sa démarche que d'avoir restitué la réalité de l'homme dans sa globalité à la fois rationnelle et irrationnelle; c'est ce qui donne à cette recherche freudienne une dimension anthropologique que, comme analystes, nous nous devons de maintenir, outre tout l'intérêt qu'elle possède dans le domaine de la psychopathologie.
Or, pour qu'un sens puisse être dégagé de cette expérience onirique nocturne, qui échappe ainsi à priori à tout contrôle, il est inévitable que des homoiogies soient trouvées entre la pensée de rêve et la pensée vigile. Le rêve en tant que rêve est en effet toujours un phénomène de mémoire; nous ne savons que nous avons rêvé que lorsque nous ne rêvons plus. Le rêve n'existe en tant que tel que pour la conscience vigile; la nuit cette pensée onirique occupe tout notre espace mental au point que nous adhérons sans restriction à cette expérience; notre conscience reste prisonnière de ce qui apparaît bien comme une sorte de mécanisme proje