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1989
“Qui pourrait supporter la vie si elle était réelle” (Cioran).
“On est bien forcé de dire que la réalité psychique est une forme d'existence particulière qu'il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle” (Freud).
Depuis quelques années, lorsqu'il m'arrivait d'écrire un texte, l'idée revenait sous ma plume de repérer, sur tel sujet ou à tel moment clinique, l'impact inéluctable de la réalité. Parmi d'autres qui m'échappent, deux occurrences me reviennent clairement à l'esprit : celle de séquences cliniques où la question du passage à l'acte s'exprimait avec force (1986), celle moins épisodique de la spécificité de la confrontation avec l'adolescent (1988).
A quoi en avais-je donc en pareille circonstance? A la réalité matérielle? Cela me semblait invraisemblable depuis que la lecture de Freud, et ma longue pratique du dialogue, m'avaient convaincu de l'importance de la manière dont pouvait être reçu, par un être de chair et d'esprit, tel événement, telle parole, tel comportement.
Il faut revenir à la situation de la psychanalyse pour m'en expliquer davantage. Découverte pour m'être rendu sensible à la “réalité psychique”, l'analyse n'en était-elle pas devenue, à mes yeux, allergique, sinon méfiante à l'égard de la réalité?
L'objet de ce texte est de décrypter la place de la réalité dans toute démarche analytique, dont il semblerait que la caractéristique essentielle réside dans l'attention à la réalité psychique. Cette dernière constatation n'est pas fausse, mais elle rendrait mal compte de la sensibilité analytique d'aujourd'hui, si elle était trop prise au pied de la lettre et obturait toute une réflexion sur les présupposés de la cure. Ceux-ci ne sont pas là, simplement à titre transitoire, comme un camion qui apporterait les décors d'une scène désormais étrangère à sa démarche, mais ils constituent une dimension essentielle, même si elle est souvent muette, de tout le spectacle qui s'ensuivra. La métaphore du groupe électrogène conviendrait déjà mieux, apte