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La fameuse peinture “Les Ménines” de Vélasquez ne manquent jamais de susciter un sentiment d'irréalité et une sorte de désagrément à celui qui les regarde, malgré l'apparente simplicité et l'innocence de la scène qu'elle est censée montrer. Ce n'est pas par hasard que cette peinture a stimulé d'autres artistes (dont par exemple Pablo Picasso), de l'utiliser - ou du moins des parties d'elle - comme modèle pour leur propre peinture. Car ce tableau réussit à poser bien des questions au sujet de l'acte créateur de l'artiste en relation aux objets de sa création. Comme certaines oeuvres de Münch ou de Deivaux, cette peinture a une qualité telle qu'on pourrait la prendre comme hors du temps, comme un morceau d'éternité capturée. Mais le sens qui s'y adjoint et qui provoque cette sorte de désagrément est en fait à mettre en relation avec l'utilisation que font de leurs yeux les personnages qui se trouvent sur la peinture. Que regardent-ils au juste?
Autour du lit de mort, les endeuillés de Münch ne se regardent pas les uns les autres et ne regardent pas non plus le personnage sur le lit. Ils regardent dehors, au-delà de la fenêtre ou le mur et, même lorsqu'ils semblent se regarder directement, ou en regarder un autre, leurs regards semblent ne pas s'accrocher les uns les autres. Dans les innombrables tableaux de Delvaux, des femmes superbement belles contemplent des objets qu'elles ne partagent pas avec nous et les hommes qui sont présents, ou bien lisent leur journal ou examinent des sortes de spécimens de laboratoire sans aucun regard apparent pour les beautés qui se trouvent en face d'eux. Dans Les Ménines cependant, notre attention est attirée par un détail supplémentaire important. Vélasquez, l'artiste, est présent aussi et nous regarde, alors qu'il semble occupé à continuer à peindre la scène à l'intérieur de laquelle il s'indut lui-même. De la même façon que dans tous les autoportraits, il peint son image dans un miroir de l'autre côté de l'endroit où, en retour, nou