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«J'insiste sur ces deux termes: réalité, existence. Ils sont essentiels à mon propos.»
C'est un dimanche d'automne comme un autre. Un collègue me téléphone: il est inquiet pour le fils d'un de ses patients. L'adolescent, âgé de 19 ans, se retire en lui-même depuis plusieurs mois, et semble développer une pensée délirante centrée sur des thèmes de mort Mon collègue, entendant son patient, redoute un suicide de cet adolescent: quelques années plus tôt, un frère aîné de ce garçon, au même âge, s'est tué en se jetant de la fenêtre de sa chambre.
Comme le jeune homme refuse de consulter, la famille a pris l'avis d'un psychiatre hospitalier, qui a recommandé la mise en œuvre d'une mesure de protection. La famille hésite. Le médecin traitant devrait passer dans l'après-midi. Mon collègue sollicite mon avis. Je partage son inquiétude. Je lui dis qu'une alternative à l'hospitalisation contrainte serait de tenter d'entamer une prise en charge à domicile; je lui propose d'en parler le lendemain à un collègue de mon équipe.
Je le rappelle donc le lundi; entre temps, le médecin traitant a pu convaincre l'adolescent d'accompagner ses parents au service des urgences d'un hôpital bruxellois. Non sans mal: à peine arrivé à l'hôpital, le jeune homme s'enfuit. On le rattrape. Le psychiatre qui l'examine préfère négocier plutôt que d'imposer une hospitalisation psychiatrique contrainte. Il rentre donc chez lui avec ses parents, ayant promis de consulter dans la semaine. Mon collègue me dit que les parents vont vraisemblablement m'appeier à cet effet. Ce qu'ils font le mercredi. Je fixe un rendez-vous pour le vendredi; les parents me disent que leur fils refuse qu'ils l'accompagnent; ils ne viendront donc pas, mais se tiennent à ma disposition. La mère termine la conversation en me disant: «surtout, docteur, ne le laissez pas faire, ne le lâchez pas».