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C'est la ténacité d'un patient à se faire souffrir moralement qui m'a poussée à entreprendre cette réflexion.
Parler de masochisme moral pour décrire ces forces de résistance au changement et au mieux-être était ce qui m'était apparu d'emblée. Et pourtant, ceci ne me semblait pas rendre suffisamment compte de ce qui se passait réellement entre nous et le sens transféro-contre-transférentiel qu'il pourrait signifier. J'ai donc voulu y voir de plus près sans avoir l'intention de reprendre les théories du masochisme de façon exhaustive. J'ai préféré me centrer sur ce qui au travers des auteurs rencontrés m'a aidée à formuler, repérer et élaborer ce qui se passait entre mon patient et moi-même.
J'ai aimé cette première phrase de la préface de Claude Le Guen en introduction à la monographie sur le Masochisme de Benno Rosenberg (1991, p. 11). Il nous dit: “Ni la force de l'habitude, ni l'évidence de l'expérience ne sauraient me dissuader: l'idée même en est scandaleuse et, par quelque bout qu'on le prenne ou quelle que soit la forme sous laquelle il se présente, le masochisme demeure péché contre le bon sens, ce qui n'est pas trop grave, et atteinte à la raison psychanalytique, ce qui est bien le pire (ou le mieux?) qui puisse nous arriver”.
Scandale en effet autant qu'énigme que ce plaisir du déplaisir. “La menace sur la pratique n'est pas moindre”, écrit Jacques André (2000, p. 1), “le piège risque d'être imparable si la souffrance (psychique), de moteur du progrès de la cure devient son but recherché… Si le masochisme est énigme, pour Freud comme pour nous, c'est au sens plus radical d'un ombilic pour la théorie comme pour la pratique. Les deux dimensions sont indissociables, tant il est vrai qu'il n'est plus possible d'isoler le masochisme, d'un côté, comme un objet que la théorie aurait à comprendre et, de l'autre, un obstacle que la pratique aurait à franchir. Toute une part de l'énigme, peut-être la plus active, la plus insoluble, résulte de l'expérience analytique el